Accident de rue

Jeudi était une belle journée. J’avais passé la matinée à rigoler avec des copines à un évènement. Et puis tout l’après-midi à manger des pancakes en rigolant encore. C’était cool, je me sentais bon.

La journée n’était pas encore terminée, je me rendais à un dernier petit évènement avant de rentrer. La routine. 

J’étais dans la métro, à quelques arrêts du lieu de rendez-vous et c’est là que j’ai vu. J’ai vu cette jeune femme/fille se faire emmerder par un homme. Il était bourré et tournait autour en gueulant. Elle était là seule, enfin non, y’avait du monde autour, une quinzaine de personnes, mais le malheur est qu’elle était bien seule au fond. Pas un geste, des regards qui disaient « Oh la pauvre » – « Mais où va le monde » –  » La vie c’est plus ce que c’était ».

Des réflexions et des gens qui rentreront tranquillement chez eux le soir même. Ils entameront certainement leur conversation par ce qu’ils appelleront « l’incident du métro ». Puis ils passeront vite à autre chose après une bonne gorgée de vin.

Mais elle, elle ne rentrera pas tranquille, elle n’en parlera pas et ne boira certainement pas qu’une seule gorgée de vin.

Et moi ? Je n’ai rien fait non plus, j’ai, comme eux, constaté la tristesse de la situation. Je me disais qu’il allait bien y avoir quelqu’un qui allait bouger. Peut-être que eux aussi ils attendaient. J’aurais du descendre de ce putain de métro. Ne pas attendre que quelqu’un bouge et bouger. Car si tout le monde attend que les autres fassent, rien ne se passe. Mais je n’ai rien fait. Encore une fois. Je suis restée impassible et puis c’est tout. J’vaux pas mieux qu’eux.

Je l’ai vu, elle non. Trop occupée à essayer. Essayer de ne pas avoir peur et de ne pas penser au pire. Ne pas craquer. Rester forte. Dos rond, le regard vers le bas. Elle essayait tant bien que mal de faire face et de se protéger. Je l’admire car elle paressait si calme, comme si elle était persuadée que ça allait passer. L’habitude ? Quelle horreur, j’espère que non. Concentrée sur sa respiration je me demande à quoi pouvait-elle bien penser. Se demandait-elle elle aussi pourquoi personne ne venait l’aider ?

C’est pas la première fois que je suis spectatrice de ça, j’ai même été elle à plusieurs reprise. C’est triste à dire mais c’est la réalité. Souvent « ce n’est rien », un pauvre gars bourré, comme là, et ils partent après. Souvent pas bien méchant mais ça devrait pas et encore moins être banalisé comme je viens de le faire par un « ce n’est rien ». C’est pas rien. Les autres fois j’ai su bouger mais là je sais pas, j’ai pas su. 

Puis le métro repars. J’y pense encore, et puis je regrette. Encore. 

J’arrive, sors du métro et me dirige vers le lieu. Je fonce, je marche, tête baisser, musique à fond, je trace. La routine. Ma routine. 

Sauf que je ne suis pas arrivée à l’événement. Pas à temps. C’est aller vite. Trop. Et puis non pas assez car j’ai le sentiment que ça durer mille heure. 

Un contre un. Combat équitable. J’ai senti chacun des coups mais j’en ai rendu quelques uns, comme j’ai pu. On survit comme on peut.

Sans surprise, la solitude régnait. Un silence parasité par le bruit des coups et des léger cris qui arrivaient à s’échapper. Puis moi, je me suis échappée. 

Je fonce, je marche, tête baisser, musique à fond, je trace. Je rentre.

La colère fait rage. Qu’est-ce que je vais dire ? Comment justifier les hématomes qui apparaissent déjà ? Et les plaies, le sang ?

Et si ? Et si 2 arrêts plus tôt j’étais descendu de cette putain de rame ? Et si j’avais bougé ? Je sais pas. Peut-être aurait-je pu éviter cela ? Elle ne serait pas rentrée chez elle en étant persuadé que l’être humain est la pire des races. Et moi ? Moi et bien je ne serais pas là à écrire ça. Je ne serais pas obligé de me cacher. Je ne ressentirais pas cette honte. Je n’aurais pas ce besoin de sortir toute cette rage. Juste retour des choses. Ils appellent ça le karma. J’l’emmerde moi le karma. D’ailleurs j’aurais deux mots à lui dire. 

Et puis peut-être aussi que ça n’aurait rien changé. Juste un peu de sursit. On saura jamais. C’est comme ça. Tout ne s’explique pas et c’est ça qui est frustrant. Ne pas savoir. Ne pas avoir d’explication. C’est juste, comme ça. 

J’veux pas en parler car y’a rien à dire. C’est comme ça, c’est fait. Rien ne changera. Mauvais endroit au mouvais moment, c’est tout. Concours de circonstance comme on dit. 

J’veux pas en parler mais j’peux écrire. Ici on voit pas les gens et leur compassion. J’veux pas d’leur regard rempli de pitié. On se sent encore plus comme une merde qu’on ne l’est déjà. J’peux écrire ma rage, poser mes maux. 

J’veux pas en parler parce que j’ai honte et j’me sens coupable alors qu’au fond j’y suis pour rien si ? Je méritais ? Mérite-on toujours ce qui nous arrive ? Y’a-t’il vraiment une putain de roue qui tourne ?

Mais ça aurait pu être pire, je respire encore. J’me sens vide mais ça aurait pu être pire. Ça aurait pu être pire. 

Y’a pas de bonne ou de mauvaise manière de réagir. On est tous différent. 

J’espère que tu vas bien. Pardonne moi ma faiblesse. Take care.

Sorry Mom, I’m fine.  

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